La Stratégie nationale de sécurité alimentaire vient d’être dévoilée. Elle vise à renforcer le système alimentaire du pays grâce à des investissements dans la production alimentaire locale, les chaînes d’approvisionnement, la transformation des aliments et les infrastructures. Ces investissements permettront au Canada de mieux faire face aux changements climatiques, à l’instabilité mondiale et aux futures perturbations de l’approvisionnement alimentaire.
Ça représente une étape importante vers le renforcement de notre système alimentaire. Mais pour que le Canada jouisse d’une véritable sécurité alimentaire, nous devons reconnaître que produire suffisamment de nourriture et veiller à ce que la population puisse se la permettre ne constituent pas le même défi.
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire vise à renforcer notre système alimentaire
Au Dépôt, nous saluons l’engagement du gouvernement du Canada à renforcer les systèmes alimentaires du pays. Les investissements dans la production alimentaire locale, la résilience de la chaîne d’approvisionnement et les infrastructures des systèmes alimentaires constituent d’importantes étapes vers un avenir alimentaire plus autonome et durable.
Cette stratégie met à juste titre l’accent sur le renforcement de la sécurité alimentaire nationale du Canada. Elle accorde toutefois beaucoup moins d’attention à un aspect tout aussi important de la sécurité alimentaire, à savoir la sécurité alimentaire des ménages : la capacité des personnes à se procurer effectivement ces denrées alimentaires.
L’insécurité alimentaire est avant tout une question de revenu
La sécurité alimentaire nationale consiste à veiller à ce que le Canada soit en mesure de produire, de transformer et de distribuer suffisamment de denrées alimentaires pour faire face aux perturbations climatiques, à l’incertitude économique et à l’instabilité géopolitique. L’insécurité alimentaire des ménages, quant à elle, concerne la capacité des personnes à accéder à une alimentation nutritive avec les revenus dont elles disposent. Ces deux aspects sont essentiels, et le renforcement de l’un ne résout pas automatiquement l’autre.
Partout au Canada, l’insécurité alimentaire des ménages continue d’augmenter. À Montréal, une personne sur cinq vit l’insécurité alimentaire ; non pas parce que la nourriture manque, mais parce que trop de ménages ne disposent pas d’un revenu adéquat pour couvrir le coût des produits de base.
Depuis des décennies, les études montrent clairement que l’insécurité alimentaire des ménages au Canada est principalement due à des revenu et d’abordabilité des aliments, et non l’approvisionnement. La hausse des coûts du logement, des salaires qui ne suivent pas l’augmentation du coût de la vie, la précarité de l’emploi et l’insuffisance des aides au revenu font que trop de ménages ont du mal à subvenir à leurs besoins fondamentaux.
C’est pourquoi une stratégie de sécurité alimentaire nationale doit inclure un plan clair et quantifiable visant à réduire l’insécurité alimentaire des ménages.
Renforcer le système alimentaire, c’est aussi améliorer l’accès à une alimentation de qualité
À mesure que le gouvernement fédéral met en œuvre la Stratégie national de sécurité alimentaire, nous encourageons les législateurs à accompagner les investissements visant à renforcer la résilience du système alimentaire à des mesures concrètes destinées à réduire l’insécurité alimentaire des ménages. Cela implique notamment de fixer un objectif national de réduction de l’insécurité alimentaire, de renforcer les aides au revenu afin qu’elles suivent le coût réel de la vie, et d’investir dans des initiatives communautaires qui améliorent l’accès à une alimentation saine tout en renforçant les systèmes alimentaires locaux.
Il s’agit également de s’attaquer aux problèmes structurels qui affectent l’abordabilité des denrées : notamment de promouvoir une concurrence équilibrée au sein du système alimentaire, ainsi que de veiller à ce que les agriculteurs, les producteurs alimentaires et les travailleurs du secteur agroalimentaire bénéficient d’une rémunération équitable et puissent travailler dans des conditions sûres.
Un système alimentaire résilient et une sécurité de revenu adéquate ne sont pas des priorités concurrentes. Il s’agit d’investissements complémentaires, et les deux sont indispensables si nous voulons réduire de manière significative l’insécurité alimentaire au Canada.
Les solutions locales montrent la voie
Des programmes comme la Carte proximité montrent ce qu’il est possible de réaliser lorsque l’accès à l’alimentation et les systèmes alimentaires locaux sont renforcés de concert. En aidant les ménages à acheter des aliments frais, locaux et culturellement pertinents dans un réseau croissant de marchés à travers Montréal, y compris nos Marchés Bonne Bouffe, ce modèle de coupons nourriciers améliore l’accès à une alimentation saine tout en soutenant les producteurs régionaux et les réseaux alimentaires communautaires.
Réduire l’insécurité alimentaire ne consiste pas seulement à aider les gens à se nourrir aujourd’hui. Il s’agit également de mettre en place un système alimentaire durable, plus résilient, plus diversifié et plus équitable pour l’avenir.
Nous pouvons agir sur ces deux fronts. Et nous le devons. Les gouvernements ont un rôle important à jouer pour créer les conditions nécessaires à cette réalisation, en veillant à ce que les législations dans tous les secteurs favorisent un avenir plus sain et une plus grande sécurité alimentaire.
Un système alimentaire ne peut être considéré comme sûr que lorsque chacun a accès à une alimentation nourrissante dans la dignité.