Un article publié dans La Gazette par Tasha Lackman
Alors que les Montréalais·e·s se préparent à voter en novembre, une question nous relie toutes et tous : l’accès à une alimentation saine et nourrissante. En cette Journée mondiale de l’alimentation, il vaut la peine de se demander comment notre ville peut contribuer à bâtir un avenir où chacun et chacune a accès à une nourriture suffisante et de qualité.
L’insécurité alimentaire est un enjeu qui doit être abordé par des mesures politiques fortes à tous les niveaux de gouvernement. Chacun d’eux détient des leviers différents pour faire en sorte que nous puissions tou·te·s avoir accès à une alimentation nourrissante en quantité suffisante.
Cette insécurité est directement liée au manque de revenu, lui-même influencé par des décisions politiques. À titre de directrice générale du Dépôt, centre communautaire d’alimentation à NDG, je vois chaque jour comment la faim mine la capacité des gens à conserver un emploi, à réussir à l’école et à maintenir une bonne santé physique et mentale. Elle alimente l’isolement et amplifie d’autres enjeux, comme le manque de logement adéquat.
Bien que les programmes de soutien au revenu relèvent surtout du fédéral, les municipalités ont, elles aussi, un rôle essentiel à jouer pour déterminer comment les aliments sont cultivés, partagés et accessibles. Qu’il s’agisse d’agriculture urbaine, de marchés communautaires ou d’intégrer la planification alimentaire dans les stratégies de développement, les municipalités peuvent contribuer à faire de l’accès à une nourriture saine un droit fondamental. Or, ce thème semble absent des plateformes des principaux partis municipaux.
À l’approche des élections du 2 novembre, demandons-nous quels leviers locaux pourraient permettre de créer des systèmes alimentaires dynamiques qui luttent contre l’insécurité alimentaire tout en favorisant des communautés vivantes et solidaires. À quoi cela pourrait-il ressembler?
Imaginez qu’à quelques pas de chez vous se trouve un espace vert avec des jardins, une serre, des marchés d’alimentation et des activités communautaires. En passant, vous sentez les effluves de plats cuisinés, mêlés aux rires, aux conversations et aux cris joyeux d’enfants qui jouent. Vous voyez des gens jardiner ensemble, faire pousser des aliments pour eux-mêmes et pour la collectivité. Un peu plus loin, un marché vend des produits frais provenant de fermes locales. Chaque aliment affiche trois prix différents, pour que tout le monde puisse y avoir accès. Vous croisez vos voisins, des visages familiers, mais aussi de nouvelles personnes. Un groupe d’enfants suit un atelier de cuisine dans une cuisine extérieure, tandis que d’autres se rassemblent autour de tables de pique-nique. Des organismes communautaires sont présents, offrant de l’information sur les ressources du quartier. Et sur le tableau d’affichage, une affiche annonce une soirée cinéma en plein air.
Cette vision illustre ce qu’on appelle un système alimentaire territorial : une approche collective de la culture, du partage et de l’accès à la nourriture. Ce modèle ne fait pas que réduire la faim; il renforce les liens sociaux, met en valeur les ressources locales, transmet des savoirs précieux et protège les espaces verts qui nous aident à nous adapter aux changements climatiques.
Des espaces comme celui-ci existent déjà dans nos quartiers — mais la plupart sont temporaires, portés par des organismes comme Le Dépôt et leurs partenaires, et soutenus par la philanthropie et la communauté. Il n’existe pas de financement ni d’infrastructures pérennes : pas d’abri, pas d’entreposage, pas d’accès à l’eau. Imaginez ce que nous pourrions accomplir avec du soutien et des installations adéquates!
Cette réalité dépasse largement celle du Dépôt. Le Forum systèmes alimentaires territoriaux, qui regroupe des acteurs clés à travers le Québec engagés pour un accès universel à une alimentation saine et durable, a élaboré un guide afin que la sécurité alimentaire et les systèmes alimentaires figurent à l’ordre du jour de cette campagne électorale. Parmi les leviers identifiés à l’échelle de la province pour renforcer ces systèmes figurent notamment le développement et la pérennisation des marchés et jardins publics.
Alors que nous nous apprêtons à voter, demandons aux candidat·e·s quels leviers ils et elles actionneront pour faire de cette vision — celle d’un pôle alimentaire communautaire vivant et inclusif — une réalité. Une ville où personne ne manque de nourriture doit être une priorité et le fondement même sur lequel nous bâtissons un avenir où tout le monde peut s’épanouir.Joignez-vous à nous en cette Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre de 16h à 18h au parc Georges-Saint-Pierre, pour Je mange, donc je vote, un événement préélectoral permettant de rencontrer les candidat·e·s de NDG et d’explorer ensemble comment bâtir un avenir libre de l’insécurité alimentaire.