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Il est temps de faire du droit à l’alimentation une réalité au Québec

Les tablettes de nos épiceries sont pleines. Pourtant, de plus en plus de Québécoises et de Québécois en ressortent sans tout ce dont ils ont besoin.

Des personnes retirent des articles de leur panier après avoir vu le total à la caisse. Des parents réduisent leurs propres portions pour nourrir leurs enfants. D’autres sautent des repas pour que l’épicerie dure jusqu’à la prochaine paie.

Dans les banques alimentaires, les cuisines collectives et les ateliers de littératie alimentaire, nous le constatons chaque jour : la nourriture répond à un besoin essentiel, mais elle fait aussi bien plus que nourrir. Elle nous rassemble. Autour d’une table, des liens se créent. Les différences peuvent s’atténuer, l’écoute devient plus facile et une communauté prend forme. Quelles que soient nos opinions politiques, une chose nous unit : nous avons toutes et tous besoin de manger. 

Le Québec ne manque pas de nourriture. Trop de personnes manquent plutôt des revenus nécessaires pour la procurer. Et la sur-concentration du marché entre peu de mains accentue le problème.

Manger est bien plus qu’un geste individuel,  un simple mécanisme de survie ou un acte de consommation économique. C’est un droit humain fondamental au travers duquel une autre vision de société pourrait s’épanouir. 

Bien que le Canada et le Québec aient reconnu le droit à l’alimentation en 1976, cinquante ans plus tard, ce droit demeure loin d’être garanti. Certains États, tel le Brésil, ont fait le choix de prioriser le droit à l’alimentation de manière concrète.

Chaque personne devrait pouvoir accéder à une alimentation suffisante, nourrissante, digne et respectueuse de sa culture et de ses traditions, et de l’environnement. Pourtant, l’insécurité alimentaire progresse rapidement au Québec. Lorsqu’une personne travaille et doit tout de même choisir entre le loyer, les médicaments et l’épicerie, le problème ne relève pas de ses décisions individuelles. Il témoigne de revenus insuffisants, de logements trop chers et de systèmes qui ne permettent pas à tout le monde de répondre à ses besoins fondamentaux. 

Une loi-cadre permettrait de faire du droit à l’alimentation une véritable obligation collective. Elle engagerait et soutiendrait le gouvernement à mettre en place des politiques cohérentes et intersectorielles pour garantir un accès durable à une alimentation suffisante, saine, culturellement appropriée, digne et respectueuse de la terre et des personnes qui nous nourrissent. 

La loi-cadre nous obligerait à briser les silos et à aborder l’alimentation sous les prismes interreliés de la santé, de l’environnement, de l’éducation, de la vitalité territoriale, de l’économie, de la sécurité nationale face aux instabilités géopolitiques actuelles. 

Elle reconnaîtrait aussi que bâtir de meilleurs systèmes alimentaires ne peut reposer uniquement sur les organismes communautaires ou la générosité citoyenne, mais exige des choix politiques structurants qui s’attaqueraient aux incohérences des systèmes existants, faisant en sorte qu’ils servent leurs missions premières, soit de nourrir leur communauté et faire vivre les territoires.  

Partout au Québec, ces organismes tentent de répondre à une demande croissante avec des ressources limitées et un financement public souvent insuffisant ou précaire. Leur travail est essentiel, mais il ne peut remplacer des choix politiques systémiques. 

Ces choix sont connus.

Ils passent d’abord par des mesures qui assurent des revenus suffisants pour couvrir les besoins de base et un meilleur contrôle du coût de la vie. Ils passent aussi par un financement stable des initiatives qui favorisent l’accès à une alimentation de qualité et priorise un approvisionnement local, notamment un programme universel d’alimentation scolaire. Offrir à chaque enfant un repas nutritif à l’école améliore la réussite éducative, réduit la pression financière sur les familles et constitue un investissement dans la santé et le développement des générations futures. 

Ces choix passent également par le renforcement de nos systèmes alimentaires locaux. Préconiser un approvisionnement local contribuerait à soutenir les producteurs et les transformateurs d’ici, protéger les terres agricoles, favoriser des circuits alimentaires de proximité, et à la résilience économique, environnementale et alimentaire du Québec. 

Mais il faut être clair : un système alimentaire local plus fort, à lui seul, ne mettrait pas fin à l’insécurité alimentaire. Tant que des ménages n’auront pas les revenus nécessaires pour se nourrir convenablement, la faim persistera. Une approche globale – qui allie un système alimentaire local et durable et un meilleur soutien aux revenus – est nécessaire. 

Une société où chacun peut manger à sa faim est une société en meilleure santé, plus résiliente et plus prospère. Les investissements dans le soutien au revenu, l’alimentation scolaire, et les systèmes alimentaires locaux et accessibles ne sont pas des dépenses à court terme : ils constituent les fondations d’une économie forte et d’une société plus juste tout en prévenant de futurs coûts sociaux.