Le Dépôt sera fermé le 12 octobre

à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Et si la prochaine innovation alimentaire du Québec était une loi ?

Lorsqu’on parle d’innovation alimentaire, on pense aux fermes verticales, aux applications anti-gaspillage ou aux protéines cultivées en laboratoire. Nous proposons autre chose : au Québec, l’une des innovations les plus ambitieuses pourrait tenir en quelques articles de loi. Décider, collectivement, que se nourrir adéquatement n’est pas une aspiration, mais un droit, et que l’État doit s’organiser pour en assurer progressivement la réalisation.

Aujourd’hui, nous amplifions cet appel : faire du droit à l’alimentation une réalité au Québec.

Le paradoxe est frappant. Le Québec produit des aliments et nos épiceries sont pleines. Pourtant, selon un sondage Léger réalisé en 2025, 36 % des Québécois vivent une forme d’insécurité alimentaire. Chez les 18 à 34 ans, cette proportion atteint 49 %. Et 41 % des personnes touchées occupent un emploi.

Au Québec, avoir un emploi ne garantit plus de pouvoir bien manger.

Au Dépôt, comme chez plusieurs des organismes signataires, nous voyons chaque jour ce que ces chiffres signifient. Nous distribuons des paniers, servons des repas et animons des cuisines, jardins et marchés qui permettent à des milliers de personnes de mieux manger, de choisir, de participer et de créer des liens.

Le milieu communautaire innove constamment. Mais trop souvent, cette capacité d’innovation est mobilisée pour absorber une demande qui ne cesse d’augmenter.

Quand la file s’allonge chaque année malgré tous nos efforts, la question n’est plus « comment en faire plus ? » C’est plutôt : pourquoi autant de personnes ont-elles besoin d’aide simplement pour manger ?

La générosité citoyenne et la philanthropie jouent un rôle essentiel, mais ne peuvent, à elles seules, corriger les causes structurelles de l’insécurité alimentaire.

En 1976, le Canada adhère au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, reconnaissant ainsi le droit à une alimentation adéquate. Cinquante ans plus tard, sa réalisation demeure loin d’être acquise.

Depuis des décennies, nous avons multiplié les réponses : aide alimentaire, soutien au revenu, repas scolaires, coupons nourriciers, agriculture locale. Chacune compte, mais elles sont souvent pensées séparément et tributaires des priorités budgétaires du moment.

Une politique alimentaire ne peut pas faire abstraction des revenus. Lorsque ceux-ci ne permettent pas de couvrir les besoins essentiels, agir sur l’offre ou le prix des aliments ne suffit pas à éliminer l’insécurité alimentaire.

C’est pourquoi nous demandons une loi-cadre sur le droit à l’alimentation.

Elle donnerait à ce droit une assise légale durable, fixerait des cibles pour réduire l’insécurité alimentaire et favoriserait une action concertée entre les ministères concernés. Car l’alimentation est liée à la santé, au revenu, à l’éducation, au logement, à l’agriculture, à l’environnement et au développement des régions.

Une telle loi ne serait pas seulement un mécanisme de reddition de comptes. Elle aiderait aussi les gouvernements à mieux coordonner leurs politiques, à maintenir le cap au-delà des cycles budgétaires et à prendre des décisions ambitieuses.

Pour le prochain gouvernement, ce serait l’occasion de laisser un héritage concret : créer les conditions pour que davantage de Québécoises et de Québécois puissent bien se nourrir.

Une telle loi ne remplirait pas les frigos du jour au lendemain. Elle permettrait toutefois de passer de réponses fragmentées à une action publique cohérente et durable.

Le nouveau gouvernement a quatre ans devant lui pour faire du droit à l’alimentation une véritable priorité collective.

Nous serons là demain matin, comme toujours, pour celles et ceux qui ont besoin de soutien. Mais notre ambition collective ne peut pas se limiter à mieux gérer une demande croissante.Nous pouvons bâtir un Québec où chaque personne a accès à une alimentation nourrissante, adéquate et diversifiée, dans le choix et la dignité.

Nous pouvons bâtir un Québec où chaque personne a accès à une alimentation nourrissante, adéquate et diversifiée, dans le choix et la dignité.

L’innovation dont le Québec a besoin ne concerne pas seulement la façon dont nous produisons nos aliments, mais aussi la façon dont nous faisons en sorte que chacun puisse bien se nourrir. It’s about how we ensure everyone can access it.

Une loi-cadre sur le droit à l’alimentation serait un pas concret dans cette direction.


Jennifer Brennan et Marguerite Kinfack, Co-directrices générales du Dépôt Centre communautaire d’alimentation

Amanda Ventrudo, Coordonnatrice de la Corbeille de pain

Anne Marie Aubert, Coordonnatrice du Conseil du Système alimentaire montréalais

Camille Perry, Coordonnatrice de la Table de concertation en sécurité alimentaire Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

Christa Smith, Directrice d’Innovation Jeunes

Dana Flynn, Directrice générale d’Au-delà des repas

Dominique Cadieux, Directeur général de Bouffe laurentienne

Florence Roy-Allard, et Laurence Deschamps-Léger, Co-coordonnatrices de l’Alliance québécoise pour des systèmes alimentaires territoriaux

François Pays, Directeur général de la Table de concertation sur la faim et le développement social de l’Outaouais

Jessica Dufresne, Chargée de projet Droit à l’alimentation – Regroupement des cuisines collectives du Québec

Lizzie Slattery, Co-directrice générale du Carrefour solidaire Centre communautaire d’alimentation